Quel est donc ce mal dont souffrent les clubs français en coupe d’Europe ?

Flashback. Nous sommes au printemps 2004, et la France vient de hisser deux clubs en finale d’un championnat Européen. Marseille en Coupe de l’UEFA, et Monaco en Ligue des Champions. A l’époque, les deux clubs réalisent un parcours admirable, Marseille sortant notamment les mastodontes Liverpool et l’Inter tandis que Monaco se défait du Real Madrid en quart et de Chelsea en demi finale. Le football français a alors le vent en poupe, même si les deux clubs échoueront finalement sur la dernière marche menant à une coupe continentale.

Retour en 2019. Pour le lever de rideau de la saison européenne, les clubs de l’hexagone présentent un bilan peu flatteur de deux défaites et deux nuls pour une seule petite victoire au terme de la première journée. Et on peut dire que le mal n’est pas récent. Entre cette fameuse épopée 2004 et aujourd’hui, le football tricolore a totalement disparu des radars du vieux continent, et les chiffres sont éloquents. En 15 saisons, on dénombre une seule finale (celle de l’OM face à l’Atletico en C3 2018), et trois demi finale (Lyon-Bayern en C1 2010, puis Lyon-Ajax en C3 2017 et enfin Monaco-Juventus en C1 2017). Trois clubs seulement ont atteint le dernier carré d’une compétition internationale en quinze ans. Et quand on regarde les autres grandes nations du foot, la comparaison est vertigineuse: 17 coupes d’Europe remportées par l’Espagne, 6 pour l’Angleterre et une pour l’Allemagne et l’Italie qui placent quasiment tous les ans des écuries dans les derniers carrés. 

Pourquoi la France, 5e nation UEFA, a t-elle autant de mal à performer au niveau continental ? Éléments de réponse.

Des effectifs beaucoup trop instables

La première raison est bien connue: les clubs français ont énormément de mal à retenir leurs meilleurs joueurs d’une saison à l’autre. Monaco, lors de son formidable parcours en 2016-2017, alignait une armada impressionnante :

Effectif de Monaco lors de la saison 2016-2017

Aujourd’hui, dans cette équipe-type, il ne reste que la charnière centrale Glik – Jemerson. Tous les autres ont été vendus sauf Subasic qui a été doublé par Lecomte dans les buts. Des lors, impossible pour l’ASM de tenir son rang les saisons suivantes, car même avec des renforts de qualité il faut quasiment repartir de zéro tant au niveau des automatismes que de l’expérience des matchs européens.

Même constat du côté de l’Olympique Lyonnais, pourtant reconnu comme l’un des meilleurs centres de formation d’Europe. Dans son histoire européenne, les beaux parcours ont toujours coïncidé avec l’éclosion de pépites tout droit sorties de l’Académie OL. Umtiti, Gonalons, Fekir, Tolisso, Lacazette, tous sont aujourd’hui des joueurs confirmés mais rares sont ceux qui seront restés au club après leur révélation, tout comme les recrues Ferland Mendy, Tanguy Ndombele ou encore Hugo Lloris. 

Si les clubs français avaient les arguments pour retenir leurs joueurs de talents, nul doute qu’ils pourraient obtenir de bien meilleurs résultats qu’actuellement. Mais à l’heure actuelle, ceux ci sont condamnés à des coups d’éclats ponctuels, pour souvent retourner dans l’ombre la saison suivante. 

Si on fait encore une fois le parallèle avec les meilleurs clubs d’Europe, on se rend compte que ceux ci ont un effectif qui varie très peu d’une année sur l’autre. En voici quelques exemples :

Évolution de l’effectif du Bayern Munich entre 2013 et 2016
Évolution de l’effectif du Réal Madrid entre 2015 et 2018
Évolution de l’effectif du FC Barcelone entre 2010 et 2014

On constate que sur une période de 5 ans, la colonne vertébrale varie très peu, les principaux changement venant de joueurs partant à la retraite (comme Xavi, Schweinsteiger ou Casillas). Ces clubs investissent dans des retouches qualitatives sans chambouler l’ADN de l’équipe. Et la recette marche. Ceux-ci comptent sur les doigts d’une main les années où ils n’atteignent pas le dernier carré de la Ligue des Champions.

Une barrière psychologique

Le Paris Saint Germain offre une toute autre analyse de ses performances européennes. A l’instar des grands clubs, il a bien une colonne vertébrale sur laquelle s’appuyer depuis 5 ans, avec des tauliers comme Thiago Silva, Marquinhos, Verratti, Di Maria ou Cavani. L’équipe type bouge somme toute assez peu, renforcée tous les ans par des petites retouches. Pour Paris, le mal est ailleurs. 

Sur le papier, c’est l’une des équipes favorites de la compétition chaque saison, et ses phases de poules impressionnantes le confirment avec des victoires abouties, justement contre le Réal, le Barça ou encore le Bayern. 

Cependant, à l’heure d’attaquer les phases à élimination directe, le club manque cruellement de sang froid. Généralement performant sur les matchs aller comme contre Chelsea en 2014 (3-1) ou Barcelone en 2017 (4-0), le PSG s’écroule bien trop souvent au retour et devient méconnaissable. Contre des clubs rompus aux joutes européennes, on dit souvent que tout se joue sur les détails, et force est de constater que cela se vérifie dans les statistiques: depuis 2012, le club a perdu un seul match aller (3-1 contre le Réal en 2017-2018), pour 5 défaites en match retour, sur lesquels ils étaient en ballotage favorable à 4 reprise ! 

Il ne manque jamais grand chose pour passer au tour suivant, seulement la marque des grands clubs qui parviennent à tuer le match sur leurs premières occasion, et terminer le travail sans trembler. 

Presnel Kimpembe coupable d’une main dans les arrêts de jeu lors de PSG – Manchester United

Le manque de considération de l’Europa League 

Cela peut paraître évident mais pour réaliser un beau parcours en coupe d’Europe, il faut jouer tous les matchs à fond. Cela n’a pas toujours été le cas des pensionnaires de Ligue 1.

Bien moins attrayante et lucrative que sa grande soeur, l’Europa League ne motive pas les troupes. Il faut dire qu’elle concerne souvent des seconds couteaux du championnat comme Rennes, Saint Etienne ou encore Bordeaux, qui n’ont pas la profondeur de banc pour pouvoir bien figurer en jouant tous les trois jours. Le manque d’exposition, la programmation des matchs le jeudi et le faible montant des rétributions font que les clubs se concentrent sur les matchs de Ligue 1 pour pouvoir revenir la saison suivante, quitte à sortir dès les phases de poules et s’éviter un calendrier compliqué après la trêve.

Saint Etienne, avec une équipe remaniée, s’inclinera 1-0 sur le terrain du Dniepropetrovsk le 11 décembre 2014

Habib Beye, consultant pour Canal +, avait déjà fustigé cette mentalité made in France la saison dernière :

« Le bilan ? Ça parle d’une faiblesse de l’état d’esprit des clubs en Ligue 1. Si vous regardez les déclarations des entraîneurs ou des présidents, ils se demandent toujours si ils ont un effectif pour jouer autant de matchs dans une saison. C’est normal de jouer tous les trois jours, on vous prépare à jouer 60 matchs. Ça n’a pas d’intérêt de préparer une équipe pour jouer 38 matchs dans une saison. On ne fera aucune performance en Euorpa League ou même en Ligue des champions, si l’état d’esprit reste le même« .

Au vu des statistiques, difficile de lui donner tort. D’autant plus que Julien Stéphan, l’entraîneur de Rennes, a prouvé qu’avec une mentalité exemplaire les clubs français avaient largement moyen de regarder leurs homologues européens dans les yeux. De là à voir un club de l’Hexagone sur le toit de l’Europe dès cette saison ? Les paris sont ouverts…

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